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mercredi 9 mars 2011

Le Maroc, une exception comme les autres

Le 14 janvier au soir, après le départ de Benali, la phrase la plus partagée
dans les discussions au Maroc était : «oui, mais la Tunisie est un cas à part».

Cette affirmation a eu une durée de vie très limitée. Le 11 février au
soir, après le départ de Moubarak, cette affirmation est devenue « La Tunisie
et l’Egypte sont vraiment à part »

Le 19 février, 48 heures après la révolte de la rue libyenne, et à la
veille des manifestations de la jeunesse marocaine, cette phrase, au risque de
devenir une énumération des pays arabes, s’était « nationalisée » et s’était
relativement simplifiée : « le Maroc est une exception ».

Il est intéressant de noter que chaque pays a ses propres spécificités. Il est
évident que l’équation tunisienne, par la nature du clan dirigeant et du système
ultra-policier est très polarisée par rapport à l’équation égyptienne,
elle-même s’inscrit dans un tout autre registre par rapport à la révolution
libyenne. Ce raisonnement est valable aussi pour le Yémen et le Bahrain. Mais
il est intéressant de voir que le point commun entre tous ces pays est qu’ils
partagent le même processus révolutionnaire : Des jeunes mais déterminés,
connectés mais mobilisés, apolitisés mais citoyens, pressés mais lucides.

Le statut quo au Maroc voudra dire :
-  Ignorer un besoin profond et exprimé de la jeunesse marocaine à aspirer vers un demain meilleur qui passe par un changement intrinsèque du système et par un new deal politique.
- Rester à la marge d’un mouvement inéluctable initié par les autres nations arabes et de passer en un laps de temps très court d’un pays en relative avance à un pays en retard et réfractaire au mouvement et au changement.

« Le Maroc est une exception » reflète une incapacité à voir l’histoire
s’écrire devant nos yeux. A changer le spectre du temps. A revoir la matrice
décisionnelle. A redéfinir le contrat de gouvernance. En somme à admettre
l’émergence spontanée mais sincère d’un «peuple citoyen» à la place d’un «peuple gouverné».

Au vu de la mobilisation du mouvement du 20 février, de la campagne anti
février 20 orchestrée la veille, des actes «voyous» en marge du mouvement, de
la retenue des forces de l’ordre… je me laisse à croire que le Maroc est une
exception, certes, mais une exception comme les autres.

citizenkayen